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 | SAINT RIOK ET LE DRAGON DE L'ELORN |
Publié le : 25/05/2003 PDF Format | Derrien et Neventer étaient deux chevaliers bretons de Grande-Bretagne qui traversaient la Bretagne armoricaine en revenant d'un pélerinage en Terre Sainte. Ils se dirigeaient à cheval vers Brest où ils devaient prendre le bateau pour regagner leur pays. Ils suivaient la vallée où coule la jolie rivière appelée, en ce temps-là, Dour-Doun (EauProfonde).
Alors qu'ils passaient au pied du piton qui supporte cet impressionnant nid d'aigle qu'est le château de Roch-Morvan, ils virent un homme apparaître entre deux créneaux de la tour, enjamber le parapet et se précipiter dans la rivière. Ils mirent leurs chevaux au galop pour voler à son secours, le tirèrent de l'eau et le portèrent, mal en point, mais respirant encore, au château où sa femme lui dispensa les soins nécessités par son état.
Qui es-tu, seigneur, et pourquoi ce geste désespéré ? interrogea Neventer.
Je suis le comte Elorn, seigneur de ce château. Le pays où nous sommes est terrorisé par un affreux dragon qui exige qu'on lui livre chaque semaine un être humain à dévorer. Tous les samedi a lieu un tirage au sort entre les seigneurs du Léon pour désigner celui qui lui apportera un de ses sujets à dévorer. Cette semaine, c'est sur moi que le sort est tombé. Par malheur, cela m'est déjà arrivé tant de fois que j'ai livré tout mon monde. Il ne me reste plus que mon épouse, ici présente, et notre fils, le petit Riok, âgé de deux ans. Je préfère me noyer, plutôt que de livrer mon enfant à une mort aussi horrible.
Je ne comprends pas ton raisonnement, seigneur Élorn, observa le chevalier Derrien. Si tu étais mort noyé, cela n'aurait pas sauvé la vie de Riok. Il aurait toujours fallu apporter au dragon une proie à dévorer.
- Mais que ferais-tu à ma place ?
- Je suis chrétien, je prierais mon Dieu de nous délivrer de ce cruel dragon.
- Et tu crois qu'il t'exaucerait ?
- Convertis-toi à notre religion et tu verras. Tu verras que la toutepuissance du vrai Dieu fera périr cette bête immonde qui vous opprime.
Le seigneur Elorn opposa à cette suggestion un refus catégorique. Pour rien au monde il ne voulait renier la religion de ses pères. Mais, comme il n'était pas mauvais homme - la preuve en est que, de
puis ce jour, l'on donna son nom d'Elorn à la rivière Dour-Doun dans laquelle il s'était jeté - il ne demandait pas mieux que de faire don à l'Eglise chrétienne de domaines où des moines pourraient établir leurs ermitages ou leurs couvents et où pourraient être édifiées des églises. Par ailleurs, il acceptait que le petit Riok puisse être élevé dans la foi chrétienne et que les gens de sa famille qui le désireraient puissent se convertir.
Compte tenu de cette bonne volonté, dirent Derrien et Neventer, nous allons tâcher d'obtenir de Dieu qu'il vous débarrasse de votre dragon. Indique-nous où se trouve le repaire de ce monstre. Nous allons lui dire deux mots.
- Continuez la route par laquelle vous êtes arrivés jusqu'au premier embranchement sur la droite. Tournez dans le chemin qui s'enfonce sous bois en direction du nord. Au bout d'un quart de lieue, vous arriverez devant l'entrée d'une caveme : c'est dans cette caverne que vit le dragon.
Les deux chevaliers enfourchèrent immédiatement leurs destriers et se rendirent à la caverne qui exhalait une odeur pestilentielle. Les gens du château -Elorn, sa femme et leur petit Riok - et ceux des villages voisins, qui avaient suivi à pied, se bouchaient le nez avec dégoût.
- Dragon, appela Derrien, sors d'ici, je t'en donne l'ordre de la part de Notre Seigneur Jésus-Christ.
En réponse, retentit à l'intérieur de la caverne un rugissement épouvantable qui fit trembler les parois de l'antre et tous les environs dans un rayon de plusieurs lieues. Mais à un ordre donné au nom du Christ, même un dragon est bien obligé d'obéir. On vit donc apparaître à l'orifice du repaire l'affreuse tête d'un monstre dont les sifflements menaçants terrorisèrent l'assistance. C'était une petite tête de couleur gris-vert sans autre ornement que ses yeux injectés de sang et sa bouche immense, assez grande pour pouvoir avaler un mouton en une seule bouchée. Après la tête apparut le cou, un long long cou de diplodocus, souple et ondulant comme un serpent python. Puis vint le corps, un corps massif, de la grosseur d'un boeuf au niveau des épaules, mais de celle d'un éléphant à la hauteur des hanches. Au corps succéda la queue, une queue de la forme de celle des rongeurs, mais si épaisse et si longue que les spectateurs se demandèrent, pendant tout le temps que mit la bête à sortir de sa caverne, s'ils en verraient jamais le bout.
Enfin ce bout est arrivé. Le dinosaure est tout entier dehors et commence à promener lentement sur la foule qui, heureusement, se tient à distance respectueuse, ses regards si pernicieux qu'un seul peut tuer un homme. Il grogne. Il siffle. Il crache des flammes.
Alors Derrien met pied à terre, va vers lui et fait le signe de la croix. L'animal tremble de tous ses membres. Il cesse de jeter du feu et arrête ses sifflements. Courageusement, le chevalier s'approche de lui, retire son écharpe et la lui passe autour du cou . Il en tend les deux bouts au petit Riok.
- Tiens, mon mignon, tu peux conduire en laisse la grosse bête, elle ne te fera pas de mal. Elle est devenue toute douce comme un toutou. Mène-la au château de ton père.
Du château de Roch Morvan l'immonde dinausore fut conduit par Derrien et Neventer eux-même jusqu'à Brest. De là, pour la montrer à toute la population du Léon, ils entreprirent de la promener au long de la côte. Leur première étape fut la riche ville de Tolente qui a disparu depuis, submergée par les flots de l'océan comme la célèbre ville d'Ys. De Tolente, nos deux chevaliers l'emmenèrent jusqu'à un point de la côte proche de Plounéour-Trez où ils lui ordonnèrent de se jeter dans la mer. La bête obéit sans discuter et le pays de Léon en fut débarrassé à jamais. | | |  Nombre de hits pour cette chronique : 4261 |
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